L'illetrisme cause nationale 2013

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Ennéa World vous propose un serie d'articles et de documents d'actualité specialement réalisés par des intervenants professionnels pour l'association. N°1 L'illestrisme : cause nationale 2013 (complet). Par Charlotte Pillaud


L’illettrisme est un tabou; pour beaucoup, une honte. En France, ce phénomène touche 7 % de la population active (18-65 ans). Selon une étude de l'Insee parue le 18 décembre 2012, ce sont près de 2,5 millions de personnes qui sont dans l’incapacité de lire, écrire et compter, après avoir été pourtant scolarisées. Au quotidien, elles se trouvent dans l’incapacité d’écrire un message, de lire le carnet scolaire de leur enfant, une notice de médicament, une consigne de travail ou de sécurité. Elles éprouvent des difficultés à utiliser un distributeur automatique de tickets, de billets, à lire un plan, à faire un calcul simple.


Illettrisme, de quoi parle – t on ?

L’illettrisme qualifie la situation de personnes qui, après avoir été pourtant scolarisées en France, ne maîtrisent pas les compétences de base nécessaires en lecture, écriture et calcul pour être autonomes dans des situations simples de leur vie quotidienne.

Un problème différent de l'analphabétisme (ceux qui n’ont jamais été scolarisés) et du problème linguistique de ceux dont le français n’est pas la langue maternelle et qui doivent l’apprendre (français langue étrangère, français langue d’intégration).

 

Illettrisme et exclusion


L’illettrisme est, indissociablement, cause et effet d’exclusion, dans un mécanisme de spirale qu’il n’est pas facile de démonter et d’inverser. Dans une société où le savoir tient une place de plus en plus importante, où les exigences d’instruction et de culture ne cessent d’augmenter, où la part des emplois non qualifiés diminue d’année en année, l’illettrisme limite considérablement l’individu dans sa capacité de s’insérer socialement, et risque de l’entraîner à la marge des circuits sociaux : liberté d’agir réduite, exercice de la citoyenneté limité par le sentiment d’exclusion et de dévalorisation, résistance au changement dans l’entreprise, démotivation par incompréhension, impossibilité d’accès aux formations qualifiantes etc..Il est clair que tout cela est générateur de difficultés d’intégration qui se répercutent, pour l’individu, dans toute sa vie quotidienne et qui, bien évidemment, atteignent son identité sociale.
 

L’illettrisme en France

Au total, 16 % des personnes de 18 à 65 ans résidant en France métropolitaine éprouvaient en 2011, des difficultés dans les domaines fondamentaux de l'écrit, selon cette enquête Information et vie quotidienne (IVQ). Pour 11 % d'entre elles, ces difficultés étaient graves ou fortes. Mais ce pourcentage inclut des étrangers n'ayant pas été scolarisés en France, alors que par définition, l'illettrisme ne s'applique qu'aux personnes ayant été scolarisées dans le pays et ne maîtrisant pas suffisamment les compétences de base en lecture, écriture et calcul pour être autonomes.
Parmi celles ayant été scolarisées en France, 7 % étaient dans ce cas, et pouvaient donc être considérées comme illettrées.
Lors de la précédente enquête menée sur le même thème en 2004, 12 % des personnes interrogées étaient dans une situation préoccupante par rapport à l'écrit et 9 % étaient illettrées, soit quelque 3 millions de personnes.
L'Insee explique cette amélioration notamment par "l'exclusion du champ de l'enquête 2011 de la génération née avant 1946 présentant un taux élevé de personnes en difficulté (un tiers) et par la prise en compte de jeunes nés après 1986, pour lesquels ce taux est relativement plus faible (soit 10%)".
Selon l'Insee, "cet 'effet génération' reflète le développement de l'accès à l'enseignement secondaire" qui était "très faible pour les générations nées avant-guerre".

 

Performance en baisse en calcul

L'enquête, fondée sur un questionnaire soumis à 14 000 personnes avec des exercices reprenant des situations de la vie quotidienne (programme TV, CD de musique, ordonnance médicale...), montre que les jeunes de 18 à 29 ans s'en sortent globalement mieux que leurs aînés en lecture et en compréhension orale.
En revanche, la part des personnes très à l'aise en calcul est en baisse par rapport à 2004. 16 % des 18-65 ans ont des performances médiocres dans ce domaine et la part des personnes très performantes âgées de 18 à 30 ans est passée de 36 % à 33 % entre 2004 et 2011.
L'Insee y voit notamment un "effet calculette", l'usage des outils informatiques amoindrissant "sans doute chez les plus jeunes l'intérêt à maîtriser parfaitement les règles de base du calcul".
L'enquête relève également un "écart marqué" entre hommes et femmes dans ce domaine: près de 20 % des femmes ont des résultats médiocres en calcul contre 14 % des hommes, et seulement 24 % de femmes ont d'excellents résultats contre 35 % des hommes. Cet "avantage masculin" dans les disciplines mathématiques apparaissait déjà en 2004, relève l'Insee, précisant qu'il s'inverse à l'écrit, les femmes ayant l'avantage en la matière (avec 17 % d'hommes en difficultés contre 15 % de femmes).
L'Insee rappelle que le niveau de compétence des adultes est fortement lié au pays et à la langue de scolarisation. Parmi les 16 % de personnes en difficulté à l'écrit, le taux bondit à 61 % chez celles scolarisées hors de France dans une autre langue que le français et à 31 % chez celles scolarisées hors de France mais en français.
Outre l'enquête nationale, l'Insee a réalisé plusieurs études régionales. Celle portant sur l'Ile-de-France montre qu'un million de personnes (13 %) sont en difficulté importante face à l'écrit dans la région. Ces personnes ont notamment des difficultés à lire une carte, comprendre un contrat ou rédiger une demande d'emploi. Un chômeur sur six est concerné
Grande cause nationale 2013

Dans une société où l’écrit est omniprésent, la lutte contre l’illettrisme est donc un véritable enjeu de cohésion sociale et de performance économique. Afin de sensibiliser les français à l’ampleur du phénomène et d’encourager la démarche de rassemblement des principales associations et organisations qui luttent contre l’illettrisme, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a attribué le label Grande Cause Nationale pour 2013 au collectif «  Agir ensemble contre l’illettrisme », fédéré par l’ Agence Nationale de lutte contre l’illettrisme.
Par cette distinction, le Premier ministre marque la volonté du Gouvernement de faire en sorte que chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l’emploi, à la formation professionnelle, et pour participer pleinement à la vie démocratique.

 

L'illettrisme dans le monde

Malgré la volonté plus ou moins marquée et efficaces de nombreux gouvernements des pays du tiers monde de diminuer, voire d'éradiquer l’illettrisme dans leur pays respectifs, force est de constater que les conditions matérielles des élèves sont très difficiles. Chacun des membres fondateurs de l'association Enné World a pu expérimenter lors de voyages humanitaires cette absence de moyens, ces écoles  au milieu de terrains vagues, ces classes sans table ni chaise, ces professeurs sans matériel, ces élèves avec un seul cahier et quelques crayons pour l'année scolaire entière.
Dans ces nombreux pays, l'école est un luxe car les fournitures, les droits d'inscription, les transports y sont chers. Parfois les enfants y vont simplement parce qu'y est servi une petit déjeuner et que celui-ci constituera leur seul repas de la journée. En offrant des fournitures, Ennéa World ne se substitue pas aux professeurs ou éducateurs locaux mais leur permet de dispenser leur savoir aux enfants dans de meilleures conditions. Les donations sont ajustées au nombre d’élèves sans jamais mettre en danger le commerce local. Ainsi, par ses donations de matériels, Ennéa World permet aux écoles de faire des économies sur leurs dépenses et ainsi d’utiliser le budget vacant pour l'achat de nourriture, de chauffage, de mobilier ou encore, pour payer le salaire d'un professeur supplémentaire.

 

Les actions d’Ennéa World

Par ses soutiens matériels et financiers, notre association veut donc apporter aux enfants les plus vulnérables un accès à l’éducation. Elle veut être un acteur de référence au sein des Organisations Non Gouvernementales impliquées dans l’éradication de l’illettrisme et donc de la pauvreté.
L’action d’Ennéa World veut s’inscrire dans la droite lignée des objectifs de l’UNESCO pour 2015 : Éducation pour tous.
"Pour arriver à l'éducation primaire universelle, il faut que tous les enfants du monde terminent le cycle primaire. Les statistiques actuelles révèlent que dans de nombreux pays le rythme des inscriptions dans le cycle primaire a ralenti, avec une augmentation d'à peine 2% de 2004 à 2009, assombrissant l'espoir d'atteindre l'objectif d'une éducation primaire pour tous d'ici à l'année 2015" (Sources UNESCO)"

Notre démarche consiste donc à approvisionner des écoles en fournitures scolaires. Outils indispensables pour travailler, apprendre, progresser. Ces fournitures se doivent d'être de bonne qualité afin de durer dans le temps. Si celles-ci se désagrègent en quelques jours, comme celles que l'on trouve dans les pays où Ennéa World intervient, l'action n'a aucun intérêt. Pour bénéficier de ce soutien matériel, les écoles doivent remplir des conditions de « pauvreté », d' accès difficile aux fournitures, d' isolation géographique, d'accueil d'enfants handicapés... Enfin, elles doivent avoir en leur sein une personne connue de l'association, son relais auprès des responsables de l'école, garant de la distribution gratuite et égalitaire des fournitures scolaires reçues.

Les trois missions déjà effectuées ou en cours suivent ce principe :
1- Little Prince, au Kenya, au milieu du bidonville de Kibera. Notre responsable local est la tante de ma femme.
2- Baan Piang, au nord de la Thaïlande. Notre responsable local est un ami personnel.
3- Buguruni, école pour enfants sourds de Tanzanie. Le responsable local est une amie personnelle.
4- La prochaine mission pourrait se dérouler au Pérou, ou en France.

 

Définition de l’illetrisme


Créé en 1979 par le Mouvement ATD Quart Monde, le terme «illettrisme» fut, à l’origine, abusivement lié à la seule notion de grande pauvreté. Avec la participation active d’une centaine d’institutions représentatives des services de l’État, des collecti- vités territoriales, de la communauté scientifique, des entreprises et de la société civile a été élaboré, en 2003, un Cadre national de référence qui a donné de l’illettrisme une définition unanime- ment reconnue :

L'illettrisme qualifie la situation de personnes de plus de 16 ans qui, bien qu'ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire, à comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne et / ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples.

Pour certaines personnes, ces difficultés en lecture et écriture peuvent se combiner, à des degrés divers, avec une insuffisante maîtrise d'autres compétences de base comme la communication orale, le raisonnement logique, la compréhension et l'utilisation des nombres et des opérations, la prise de repères dans l'espace et dans le temps etc.
Malgré ces déficits, les personnes en situation d'illettrisme ont acquis de l'expérience, une culture et un capital de compétences en ne s'appuyant pas ou peu sur la capacité à lire et à écrire. Certaines ont pu ainsi s'intégrer à la vie sociale et professionnelle, mais l'équilibre est fragile, et le risque de marginalisation permanent. D'autres se trouvent dans des situations d'exclusion où l'illettrisme se conjugue avec d'autres facteurs .
Quelques chiffres (source : Enquête IVQ 2011 et Enquête internationale PISA)
•    En 2011, 11 % des personnes de 18 à 65 ans résidant en France éprouvaient des difficultés préoccupantes dans les domaines fondamentaux de l'écrit, soit environ 2,5 millions de personnes. Parmi celles qui ont été scolarisées en France, 7 % sont en situation d’illettrisme. Ce taux était de 9 % en 2004.
•    Les personnes âgées de 18 à 29 ans ont de meilleurs résultats que les générations plus âgées en lecture et en compréhension orale.
•    Dans le domaine du calcul, la part des personnes très à l’aise a baissé par rapport à 2004.
•    Les performances en calcul se dégradent avec l’âge mais l’amélioration globalement enregistrée au fil des générations n’est plus de mise chez les plus jeunes.
•    Les hommes ont plus souvent que les femmes des difficultés à l’écrit, mais c’est l’inverse en calcul.
•    La proportion de jeunes en difficulté de lecture n'a pas eu tendance à diminuer, et qu'elle a même augmenté entre 2000 et 2009. Ainsi, la proportion de jeunes français considérés comme de "médiocres lecteurs" s'est accrue de 2000 à 2009, passant de 15 % à 20 %, parmi lesquels la proportion de "très mauvais lecteurs" passe de 4 % à 8 %.
•    La population détenue est globalement en très grande difficulté : plus de la moitié des personnes détenues se situent au mieux à un niveau de fin d’études primaires et ne disposent pas de réelle qualification professionnelle. Le taux d’illettrisme de la population pénitentiaire (environ 15 %) est par ailleurs supérieur à la moyenne nationale. Au total plus de 25 % des détenus entrants échouent au bilan lecture à des niveaux plus ou moins graves.

 

Quelques données sur l'état mondial de l'éducation

(Source Unesco : Education for all week)

Niveau primaire
   
•    Depuis 1990, chaque année 10 millions d'enfants supplémentaires rejoignent le système scolaire.
•    Le nombre d'enfants inscrits dans le primaire s'est élevé de 599 millions en 1990 à 681 millions en 1998.
•    En Asie du Sud et en Afrique sub-saharienne, moins de 3/4 des élèves atteignent la cinquième année du cycle primaire. (Pourtant les études démontrent que six années d'éducation primaire sont nécessaires pour acquérir un savoir durable en lecture et en calcul).
•    L'Asie du Sud, la région Pacifique, l'Amérique latine et les Caraïbes sont près d'atteindre le but d'une éducation primaire universelle. Pour les pays en transition et les pays industrialisés, cet objectif est déjà une réalité.
•    Plus de 113 millions d'enfants sont exclus de l'école, dont 2/3 de filles.

Aphabétisation des adultes

•    Pour atteindre l'un des objectifs de l'Education pour tous, le taux mondial d'illetrisme des adultes doit être réduit, de son niveau actuel de 21%, à environ 10% en 2015.
•    On compte 875 millions d'adultes illettrés dans le monde, dont environ 2/3 de femmes.
•    70% des adultes illettrés dans le monde se trouvent au Bangladesh, au Brésil, en Chine, en Egypte, en Inde, en Indonésie, au Mexique, au Nigéria et au Pakistan (ces pays forment ensemble les pays du E9).

 
 

(Tous les professionnels intervenant au sein d'Ennéa World le font bénévolement. Aussi dans le cas d'une reprise totale ou partielle de cet article et conformément au respect de la propriété intellectuelle, merci de mentionner la source de l'article : www.ennea-world.org et le nom de l'auteur : Charlotte Pillaud)